Amorous Lament

Complainte amoureuse

Alphonse Allais (1854-1905)

Complainte amoureuse
Oui, dès l'instant que je vous vis, Beauté féroce, vous me plûtes ; De l'amour qu'en vos yeux je pris, Sur-le-champ vous vous aperçûtes ; Mais de quel air froid vous reçûtes Tous les soins que pour vous je pris ! Combien de soupirs je rendis ! De quelle cruauté vous fûtes ! Et quel profond dédain vous eûtes Pour les vœux que je vous offris ! En vain je priai, je gémis : Dans votre dureté vous sûtes Mépriser tout ce que je fis. Même un jour je vous écrivis Un billet tendre que vous lûtes, Et je ne sais comment vous pûtes De sang-froid voir ce que j'y mis. Ah! fallait-il que je vous visse, Fallait-il que vous me plussiez, Qu'ingénument je vous le disse, Qu'avec orgueil vous vous tussiez ! Fallait-il que je vous aimasse, Que vous me désespérassiez, Et qu'en vain je m'opiniâtrasse, Et que je vous idolâtrasse Pour que vous m'assassinassiez !
Amorous Lament
Yes, soon as on you I set eyes You pleased me, savage beauty, you: The love I garnered in your eyes You spotted it at once, but you Were cold and slow to recognise The lengths to which I went for you; I sighed for you such crowds of sighs! What cruelty accrued from you! How utterly you could despise The promises I made to you! In vain my groans and pleas and cries, In your hard-heartedness you knew How to disdain my enterprise. Even one day I wrote to you Such tender words as get replies: I don’t know how you managed to Peruse and yet not sympathise. It chanced that I clapped eyes on you, That you were pleasing to my eyes, Which fondly I revealed to you; You were too vain to vocalise. I chanced to fall in love with you! Despised, despairing, desperate, I hopelessly hypothesise: Quite uselessly I idolise One seeking to assassinate!
Said at Chichester, June 2026. - It seems the poem appeared in 1867, so it may not be by A.A.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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I am off to the Market Day

Au marché de Saint-Paul j'irai

Germain Nouveau (1851-1920)

Au marché de Saint-Paul j'irai
Au marché de Saint-Paul j'irai, Ma petite et je te vendrai. Je vendrai tes yeux effrontés Cent beaux écus fort bien comptés. Et je vendrai tes doigts rusés, Ces oiseaux mal apprivoisés, Et ta lèvre qui toujours ment Quatre-vingts doublons seulement. Je vendrai tes bras fins et longs Et les roses de tes talons, De tes genoux et de tes seins Vingt mille francs napolitains. Je vendrai le jour de Saint-Paul. Et la raie autour de ton col Et les jolis plis de ta chair Un million, ce n'est pas cher. Et ton chignon tordu, pareil A l'or flambant dans le soleil, Et tes baisers je les vendrai Aux enchères que je tiendrai. Aux enchérisseurs les plus forts Je vendrai ton âme et ton corps, Et ton coeur, s'il est recherché, Sera par-dessus le marché.
I am off to the Market Day
En français : https://www.youtube.com/watch?v=DtRCu-7DfUk In English : https://www.youtube.com/watch?v=vxnkXXypnik I am off to the market-day I’ll be bargaining you away I’ll be selling your shameless eyes One hundred pounds, good merchandise Next I shall sell your fingers sly Those untamed birds that love to fly And your lip that brazenly lies For eighty roubles, what a prize And I shall sell your fine long arms And your heels with their rosy charms And your soft breasts, your lovely knees For sovereigns from the Sicilies. It’s market day and I shall float The pretty furrow at your throat And every lovely fleshy fold One million: it’s fairly sold. Your twist of hair that’s tightly rolled And flashes in the sun like gold, Your kisses too will all be sold In the auction that I will hold Highest bidders will take control When I sell you, body and soul. And your heart, if some folk enquire? Held back: its worth is much, much higher.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Moonlight

Clair de Lune

Paul Verlaine (1844-96)

Clair de Lune
Votre âme est un paysage choisi Que vont charmant masques et bergamasques Jouant du luth et dansant et quasi Tristes sous leurs déguisements fantasques. Tout en chantant sur le mode mineur L'amour vainqueur et la vie opportune, Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur Et leur chanson se mêle au clair de lune, Au calme clair de lune triste et beau, Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres Et sangloter d'extase les jets d'eau, Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.
Moonlight
Your soul’s a chosen country scene That masques and bergamasques beguile With lutes and dancing, though they seem Sad, underneath their fancy style. While in a minor key they sing Life’s pleasures and triumphant love, They seem to doubt their prospering, Lapped in the moonlight up above: The moonlight, calm, sublime and sad, That sets birds dreaming in the trees, While slender fountains rise amid Statues, and sob in ecstasies.
Said in the Purcell Room, London, 3 December 2018

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Poetic Art

Art poétique

Paul Verlaine (1844-96)

Art poétique
À Charles Morice De la musique avant toute chose, Et pour cela préfère l'Impair Plus vague et plus soluble dans l'air, Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. Il faut aussi que tu n'ailles point Choisir tes mots sans quelque méprise : Rien de plus cher que la chanson grise Où l'Indécis au Précis se joint. C'est des beaux yeux derrière des voiles, C'est le grand jour tremblant de midi, C'est, par un ciel d'automne attiédi, Le bleu fouillis des claires étoiles ! Car nous voulons la Nuance encor, Pas la Couleur, rien que la nuance ! Oh ! la nuance seule fiance Le rêve au rêve et la flûte au cor ! Fuis du plus loin la Pointe assassine, L'Esprit cruel et le Rire impur, Qui font pleurer les yeux de l'Azur, Et tout cet ail de basse cuisine ! Prends l'éloquence et tords-lui son cou ! Tu feras bien, en train d'énergie, De rendre un peu la Rime assagie. Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ? O qui dira les torts de la Rime ? Quel enfant sourd ou quel nègre fou Nous a forgé ce bijou d'un sou Qui sonne creux et faux sous la lime ? De la musique encore et toujours ! Que ton vers soit la chose envolée Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée Vers d'autres cieux à d'autres amours. Que ton vers soit la bonne aventure Eparse au vent crispé du matin Qui va fleurant la menthe et le thym... Et tout le reste est littérature.
Poetic Art
To Charles Morice Music: prefer it, everywhere, And let the medley be uneven: More vague, more soluble in air, It strikes no pose, it needs no leaven. Next, it’s important that you choose Your words with Error’s benefice: We love the blurred refrains that fuse The Pointed with the Imprecise. This is the veiled yet lovely eye, This, the broad noonday’s trembling lustres; Or in less heated autumn sky, Stars, glittering in azure clusters. For it is Nuance we esteem: Away with colour, only nuance! For only nuance can affiance Woodwind to horn and dream to dream. The cruel wit, the impure laugh, The murderous barb, keep far from you: That garlic of the vulgar chef Brings tears to angels in the blue. Take eloquence and wring its neck! And while you’re throttling eloquence, Knock into Rhyme a bit of sense: Where will it stop, with none to check? O who shall hymn the wrongs of Rhyme? What cloth-eared child or ranting fellow Forged us this gem not worth a dime, That to the rasp rings false and hollow? Music, more music! At all times! Let yours be verse that soars above, Descried when fleet-winged souls remove To other loves, in other climes; Let yours be verse that freely scatters Its aromatic mint and thyme On dawn’s fresh breezes, cleansed of rhyme! The rest is nothing but belles-lettres.
An earlier version appeared in Acumen 47.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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My Familiar Dream

Mon rêve familier

Paul Verlaine (1844-96)

Mon rêve familier
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. Car elle me comprend, et mon coeur, transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant. Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore. Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore Comme ceux des aimés que la Vie exila. Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
My Familiar Dream
I often have this strange and striking dream: Some woman, whom I love, and who loves me; Loves me and understands; not utterly Different each time, not utterly the same. She understands me, she alone, and clears My clouded heart, uncomplicated now For her alone; my damp and pallid brow She, she alone, can freshen, with her tears. Her hair: brown, blonde or auburn? I don’t know. Her name resembles music sweet and low, Like names of loved ones Life has sent away; Her gaze is like a statue’s, and her tone Of voice is distant, calm, and grave: you’d say, Like those dear voices that are hushed and gone.
Published 2013 in Cantalao 1.1, a magazine devoted to Neruda, who took the name Pablo, probably for Verlaine

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Vintage

Vendanges

Paul Verlaine (1844-96)

Vendanges
Les choses qui chantent dans la tête Alors que la mémoire est absente, Écoutez, c’est notre sang qui chante... O musique lointaine et discrète! Écoutez ! c’est notre sang qui pleure Alors que notre âme s’est enfuie, D’une voix jusqu’alors inouïe Et qui va se taire tout à l’heure. Frère du sang de la vigne rose, Frère du vin de la veine noire, O vin, ô sang, c’est l’apothéose! Chantez, pleurez ! Chassez la mémoire Et chassez l’âme, et jusqu’aux ténèbres Magnétisez nos pauvres vertèbres.
Vintage
What sings in the head In times out of mind? The song of our blood, Far-off and refined: Our blood shedding tears, Our soul in its flight: Voice fresh in our ears, That soon will be quiet. Blood’s twin, the red vine, Wine’s twin, the black vein: Blood, wine, up to heaven! Songs, tears! Banish mind And soul: come, enliven Our bones, to dusk’s haven.
Published in Cantalao no:1.

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Tears fall in my heart

Il pleure dans mon cœur

Paul Verlaine (1844-96)

Il pleure dans mon cœur
Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville; Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur? Ô bruit doux de la pluie Par terre et sur les toits! Pour un cœur qui s’ennuie Ô le bruit de la pluie! Il pleure sans raison Dans ce cœur qui s’écœure. Quoi! nulle trahison? … Ce deuil est sans raison. C’est bien la pire peine De ne savoir pourquoi Sans amour et sans haine, Mon cœur a tant de peine.
Tears fall in my heart
Tears fall in my heart Like rain on the town; What lassitude hurts And pierces my heart? Sweet sound of the rain On the roofs and the ground! For a heart in dull pain The sound of the rain! Tears fall without reason Distressing my heart. What! Is there not treason?... This grief has no reason. Of pain the worst part Is not knowing why Without love or hate Such pain in my heart.

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Parisian Sketch

Croquis parisien

Paul Verlaine (1844-96)

Croquis parisien
La lune plaquait ses teintes de zinc Par angles obtus. Des bouts de fumée en forme de cinq Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus. Le ciel était gris. La bise pleurait Ainsi qu'un basson. Au loin, un matou frileux et discret Miaulait d'étrange et grêle façon. Moi, j'allais, rêvant du divin Platon Et de Phidias, Et de Salamine et de Marathon, Sous l'oeil clignotant des bleus becs de gaz.
Parisian Sketch
The sky was grey. The bitter north wind wept Like a bassoon, And thick black smoke-plumes twisted as they leapt From lofty pointed roofs towards the moon, Which spread a plating, blunt and angular, In dull zinc hues. A cat, less warm than watchful, somewhere far Uttered its eerie, high-pitched mews. I walked, I dreamed of godlike Phidias And Plato too, I dreamed of Marathon and Salamis… The gas-lamps’ eyes were watching, winking, blue.

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On the Grass

Sur l’herbe (de : Fêtes Galantes)

Paul Verlaine (1844-96)

Sur l’herbe (de : Fêtes Galantes)
L'abbé divague. — Et toi, marquis Tu mets de travers ta perruque. — Ce vieux vin de Chypre est exquis Moins, Camargo, que votre nuque. — Ma flamme... — Do, mi, sol, la, si. — L'abbé, ta noirceur se dévoile. — Que je meure, mesdames, si Je ne vous décroche une étoile — Je voudrais être petit chien ! — Embrassons nos bergères, l'une Après l'autre. — Messieurs ! eh bien ? — Do, mi, sol. — Hé ! bonsoir, la Lune !
On the Grass
The Dean talks rot. - And, Duke, old boy, Your wig has slipped a long way over. - This vintage Cyprus wine’s a joy, More so your lovely neck, Pavlova. - My darling!... - Doh, mi, so, la, ti. - Dear Dean, we all know you are bestial. - I swear, dear ladies, faithfully To bring you golden fire celestial. - I’d like to be a little pup. - Let’s kiss our milkmaids very soon, All in a row. - What, chaps? Shape up! - Doh, mi, so. - Hey, good evening, moon!
François Le Roux sang it on vinyl, 1984, on his Verlaine LP.

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The Sea

La mer

Paul Verlaine (1844-96)

La mer
La mer est plus belle Que les cathédrales, Nourrice fidèle, Berceuse de râles, La mer sur qui prie La Vierge Marie ! Elle a tous les dons Terribles et doux. J'entends ses pardons Gronder ses courroux. Cette immensité N'a rien d'entêté. Oh ! si patiente, Même quand méchante ! Un souffle ami hante La vague, et nous chante : " Vous sans espérance, Mourez sans souffrance ! " Et puis sous les cieux Qui s'y rient plus clairs, Elle a des airs bleus, Roses, gris et verts... Plus belle que tous, Meilleure que nous!
The Sea
The sea has more beauty Than all our cathedrals: Our wet-nurse on duty, Our cradler of rattles: The sea, oratory Of God’s mother Mary! She has all the guerdons, The fearsome, the good. I’ve heard how she pardons, Rebukes her foul mood. In all the great ocean, No ossification! And oh, how forgiving, Despite misbehaving! A kindly breeze haunts The billow, and chants “All ye who lose heart, Grieve not, but depart!” And under the skies That laugh so serene She takes on a guise Pink, blue, grey, or green, She is the most fair. We cannot compare!

Translation: Copyright © Timothy Adès

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