The Sea

La mer

Paul Verlaine (1844-96)

La mer
La mer est plus belle Que les cathédrales, Nourrice fidèle, Berceuse de râles, La mer sur qui prie La Vierge Marie ! Elle a tous les dons Terribles et doux. J'entends ses pardons Gronder ses courroux. Cette immensité N'a rien d'entêté. Oh ! si patiente, Même quand méchante ! Un souffle ami hante La vague, et nous chante : " Vous sans espérance, Mourez sans souffrance ! " Et puis sous les cieux Qui s'y rient plus clairs, Elle a des airs bleus, Roses, gris et verts... Plus belle que tous, Meilleure que nous!
The Sea
The sea has more beauty Than all our cathedrals: Our wet-nurse on duty, Our cradler of rattles: The sea, oratory Of God’s mother Mary! She has all the guerdons, The fearsome, the good. I’ve heard how she pardons, Rebukes her foul mood. In all the great ocean, No ossification! And oh, how forgiving, Despite misbehaving! A kindly breeze haunts The billow, and chants “All ye who lose heart, Grieve not, but depart!” And under the skies That laugh so serene She takes on a guise Pink, blue, grey, or green, She is the most fair. We cannot compare!

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Walcourt

Walcourt

Paul Verlaine (1844-96)

Walcourt
Briques et tuiles, Ô les charmants Petits asiles Pour les amants ! Houblons et vignes, Feuilles et fleurs, Tentes insignes Des francs buveurs ! Guinguettes claires, Bières, clameurs, Servantes chères À tous fumeurs ! Gares prochaines, Gais chemins grands… Quelles aubaines, Bons juifs-errants !
Walcourt
Bricks and tiles, Sweet retreats, O what treats For philophiles! Hops and vines, Leaves and flowers, Tavern-signs, Happy hours! Bills of fare, Shouts for ale, Lovelies, where We inhale! Ready trains, Smiling lanes, Happy days For tearaways!
Romances sans paroles (Paysages Belges), 1874

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Green

Green

Paul Verlaine (1844-96)

After deserting his wife for Rimbaud, wounding Rimbaud, released from prison: he writes to his wife...
Green
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux. J'arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer à mon front. Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée Rêve des chers instants qui la délasseront. Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête Toute sonore encore de vos derniers baisers ; Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête, Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
Green
Here are fruits and flowers, here are leaves and fronds And here is my heart, only you can make it beat. Don’t tear it to pieces with your two white hands! To your beautiful eyes may this humble gift be sweet. I come before you still all covered with dew That was frozen on my brow by the morning breeze. I lay my fatigue at your feet, in the hope that you Will permit it to dream of imminent remedies. Allow my head to loll on your youthful breast, Still ringing with your kisses when they are strewn; Let it find peace when the pleasant storm is done, Let me sleep awhile, for you will be taking your rest.
Copyright © Timothy Adès Debussy, Hahn, Fauré : Teresa Stich-Randall, soprane: https://www.youtube.com/watch?v=CqFhD9vuZQA Fauré : Gérard Souzay : https://www.youtube.com/watch?v=ZDzdzjIFiqg Léo Ferré : https://www.youtube.com/watch?v=biy9NwOzz64 Julos Beaucarne : http://mimiclectik.canalblog.com/archives/2018/02/14/36117763.html

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Setting Suns

Soleils couchants

Paul Verlaine (1844-96)

Soleils couchants
Une aube affaiblie Verse par les champs La mélancolie Des soleils couchants. La mélancolie Berce de doux chants Mon cœur qui s’oublie Aux soleils couchants. Et d’étranges rêves, Comme des soleils Couchants sur les grèves, Fantômes vermeils, Défilent sans trêves, Défilent, pareils À des grands soleils Couchants sur les grèves.
Setting Suns
So weak the morn, the meadow runs with flood forlorn of setting suns. The mood forlorn assuages, croons: my heart unlearns in setting suns. Dreams strange as suns that set on strands, faint trace of trance, vermilion, relentless, run relentless on, like giant suns that set on strands.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Shepherd's Hour

L'heure du berger

Paul Verlaine (1844-96)

L'heure du berger
La lune est rouge au brumeux horizon ; Dans un brouillard qui danse, la prairie S'endort fumeuse, et la grenouille crie Par les joncs verts où circule un frisson ; Les fleurs des eaux referment leurs corolles ; Des peupliers profilent aux lointains, Droits et serrés, leurs spectres incertains ; Vers les buissons errent les lucioles ; Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit Rament l'air noir avec leurs ailes lourdes, Et le zénith s'emplit de lueurs sourdes. Blanche, Vénus émerge, et c'est la Nuit.
Shepherd's Hour
Red moon in misty distance: fog Stirs, and the meadow falls asleep, Exhaling; in green reeds, the frog Calls out, and gentle ripples creep; On ponds and lakes the petals close; The poplars show their ghostly blur, Far off, arranged in martial rows; Around the bush the fireflies err; The wood-owls wake, and, noiseless, ply Black air: their wings beat solidly. Dull glimmers fill the zenith. White Venus emerges; it is night.

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False Impression

Impression fausse

Paul Verlaine (1844-96)

Impression fausse
Dame souris trotte, Noire dans le gris du soir, Dame souris trotte Grise dans le noir. On sonne la cloche, Dormez, les bons prisonniers ! On sonne la cloche : Faut que vous dormiez. Pas de mauvais rêve, Ne pensez qu'à vos amours Pas de mauvais rêve : Les belles toujours ! Le grand clair de lune ! On ronfle ferme à côté. Le grand clair de lune En réalité ! Un nuage passe, Il fait noir comme en un four. Un nuage passe. Tiens, le petit jour ! Dame souris trotte, Rose dans les rayons bleus. Dame souris trotte : Debout , paresseux !
False Impression
Mrs Mouse trots, Black in grey dusk. Mrs Mouse trots, Grey in black dark. Tolling bell: Turn in, prisoners! Tolling bell: Time for slumbers! No bad dreams: Dream of a lover. No bad dreams: Lovelies for ever! Big bright moon. Near, loud snores. Big bright moon, Real, of course! Cloud overhead, It’s furnace-black. Cloud overhead: The half-light, look! Mrs Mouse trots, In azure rays, rosy. Mrs Mouse trots: Rise, shine, you lazy…!

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ANTONY AND CLEOPATRA

Antoine et Cléopâtre

José-Maria de Hérédia (1842-1905)

Antoine et Cléopâtre
Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse, L'Égypte s'endormir sous un ciel étouffant Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu'il fend, Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse. Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse, Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant, Ployer et défaillir sur son coeur triomphant Le corps voluptueux que son étreinte embrasse. Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums, Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ; Et sur elle courbé, l'ardent Imperator Vit dans ses larges yeux étoilés de points d'or Toute une mer immense où fuyaient des galères.
ANTONY AND CLEOPATRA
Together from the terrace they could see Egypt bed down beneath a sultry sky; through the black delta, fatly, massively, to Saïs or Bubastis, Nile rolled by. A captured soldier, like a sleeping child the Roman held that lovely form, and felt, through his thick breastplate, the enchantress melt on his triumphant heart, and, pliant, yield. Turning her pale head that the brown hair framed, she offered lips and bright eyes to the one unconquerable fragrances enflamed: hunched over her, the ardent prince discerned, in those great eyes where golden star-points burned, a whole wide sea, and warships on the run.
Published on Poetry Atlas website

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The Coral Reef

Le récif de corail

José-Maria de Hérédia (1842-1905)

Le récif de corail
Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore, Éclaire la forêt des coraux abyssins Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins, La bête épanouie et la vivante flore. Et tout ce que le sel ou l'iode colore, Mousse, algue chevelue, anémones, oursins, Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins, Le fond vermiculé du pâle madrépore. De sa splendide écaille éteignant les émaux, Un grand poisson navigue à travers les rameaux ; Dans l'ombre transparente indolemment il rôde ; Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu, Courir un frisson d'or, de nacre et d'émeraude.
The Coral Reef
Sun under sea, the mysterious aurora, lights up abysses and forests of corals mingling in depths of their warm-water basins creatures resplendent, ebullient flora. All that the salt or the iodine colours, moss, hairy seaweed, anemones, urchins, covers, in sumptuous designs of deep purple, beds of the madrepore’s worm-patterned pallor. Quenching his scales that are fiery enamels comes a big fish moving clean through the branches, lazily browses in shady transparence: suddenly whisking his fin pyrotechnic, makes the blue motionless lack-lustre crystal thrill to the pearl-gleam, the gold, the smaragdine.
https://www.youtube.com/watch?v=_F08Lg7_wlE

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Sailor's Wind

Brise Marine

Stéphane Mallarmé (1842-98)

Translated without using letter E: a lipogram
Brise Marine
La chair est triste, hélas! et j’ai lu tous les livres, Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres D’être parmi l’écume inconnue et les cieux! Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe O nuits! ni la clarté déserte de ma lampe Sur le vide papier que la blancheur défend Et ni la jeune femme allaitant son’enfant. Je partirai! Steamer balançant ta mâture, Lève l’ancre pour une exotique nature! Un Ennui, désolé par les cruels espoirs, Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs! Et, peut-être, les mâts, invitant les orages Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles ilôts … Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots!
Sailor's Wind
Limbs flag and fail; j’ai lu all books of words. To fly away! I think of soaring birds In sky unknown, and spray, mad-drunk with flight. No arbours, mirror’d back from orbs of sight, Can stay my soul from plunging totally, O nights! nor lamplight’s arid clarity On my blank writing-pad’s forbidding wall; Nor a young woman with a sucking doll. I go! You throbbing ship with masts that sway, Up anchor, and to magick lands away! Vain longings haunt us; harsh monotony Still trusts in waving chiffon’s last goodby; And masts that summon storms may soon bow down To roaring winds, by ruin’d hulks that drown, Lost, with no masts, nor islands blossoming … But hark, my soul! What songs our sailors sing!

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Épiphanie

Epiphany

José-Maria de Hérédia (1842-1905)

Epiphany
Donc, Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages, Chargés de nefs d’argent, de vermeil et d’émaux Et suivis d’un très long cortège de chameaux, S’avancent, tels qu’ils sont dans les vieilles images. De l’Orient, lointain, ils portent leurs hommages Aux pieds du fils de Dieu, nés pour guérir les maux Que souffrent ici-bas l’homme et les animaux ; Un page noir soutient leurs robes à ramages. Sur le seuil de l’étable où veille saint Joseph, Ils ôtent humblement la couronne du chef Pour saluer l’Enfant qui rit et les admire. C’est ainsi qu’autrefois, sous Auguste César, Sont venus, présentant l’or, l’encens et la myrrhe, Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
Épiphanie
Balthazar, Melchior, Caspar, the Three Kings, Loaded with silver, scarlets and enamels, And followed by a long parade of camels, Draw near, as in great art’s imaginings. From eastern lands afar the trio brings Homage to God’s Son, born to heal all ills Endured on earth by men and animals… Intricate robes! held high by underlings. St Joseph keeps his vigil at the byre: They humbly doff their crowns, their heads are bare, They greet the laughing and admiring Child. So, when in times long past Augustus ruled, There came with myrrh and frankincense and gold Three Kings called Caspar, Melchior, Balthazar.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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