The Bean

La fève

Maurice Donnay (1859-1945)

On Twelfth Night, the French enjoy 'la galette des Rois', a flat cake of almond paste (frangipane) containing a 'bean'. The person who gets the bean wears the crown.
La fève
Tu nous dindonneras encor plus d'une fois, Chère âme, et près des tiens nos moyens sont infimes. Je me souviens toujours d'un dîner que nous fîmes, Un beau soir, dans Auteuil, à la porte du Bois Et tu faisais de l'œil à ton voisin de face, Et tu faisais du pied à tes deux amoureux A gauche, à droite, et ton amant était heureux, Car tu lui souriais tout de même avec grâce. Ah ! tu n'es pas la femme aux sentiments étroits Qu'une fidélité trop exclusive gêne. Entre tous, Pierre, Jean, Jacques, Alphonse, Eugène, Tu partages ton cœur comme un gâteau des Rois. Et, si grand est ton art, aimable fille d’Ève, Que chacun se croit seul à posséder la fève.
The Bean
You’ll stitch us up again, and more than once, Dear soul: compared to you, we haven’t got the means. I can’t forget that dinner one fine night: we were Out in Auteuil, just where you get into the Bois. To the sitting-opposite guy, you gave the eye, Played footy-foot with the two who fancied you, To left and right; your lover was in clover, As you anyway gave him a smile with lovely style. You’re not a woman prone to narrow sentiments, Whom high fidelity might inconvenience. Between all these, John, Peter, James, Eugene, Alphonse, You share your heart out like a Twelfth Night frangipane. And so great is your art, delightful feminine, That each one thinks himself sole owner of the bean.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Cleopatra

Cléopâtre

Albert Samain (1858-1900)

Cléopâtre
Lourde pèse la nuit au bord du Nil obscur. Cléopâtre, à genoux sous les astres qui brûlent, Soudain pâle, écartant ses femmes qui reculent, Déchire sa tunique en un grand geste impur, Et dresse éperdûment sur la haute terrasse Son corps vierge gonflé d'amour comme un fruit mûr. Toute nue, elle vibre ! Et, debout sous l'azur, Se tord, couleuvre ardente, au vent tiède et vorace. Elle veut — et ses yeux fauves dardent l'éclair – Que le monde ait ce soir le parfum de sa chair ! O sombre fleur du sexe éparse en l'air nocturne… Et le Sphynx immobile aux sables de l'Ennui Sent un feu pénétrer son granit taciturne ; Et le désert immense a remué sous lui.
Cleopatra
Night weighs down heavy on the darkened Nile. Stars burn; pale Cleopatra kneels, and bares her breast: her women, shocked, recoil; she tears her tunic with a gesture grandly vile, and on the lofty terrace flaunts, entire, ripe as a love-blown fruit, her virgin form. She shimmers, nude, uncoiling to the warm devouring wind, a serpent of desire. Dark flower of sex, that rides the breeze of night! To pleasure her (the tawny eyes flash bright) the world shall now her fleshly perfume take… The Sphynx becalmed on ocean monotone feels under him the mighty desert wake, and thrill of fire invade his silent stone.
Published in ‘Cleopatra's Face: Fatal Beauty’ by Michelle Lovric, British Museum Press, 2001.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Proposition to George Sand

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French

Proposition to George Sand

ALFRED DE MUSSET (1810-57)

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage Voulez-vous qu’un instant je me change de visage? Vous avez capturé les sentiments d’un cœur Que, pour vous adorer, forma le Créateur. Je vous chéris, Amour, et ma plume en délire Couche sur le papier ce que je n’ose vous dire... Avec soin, de mes vers, lisez les premiers mots Vous saurez quel remède apporter à mes maux. Elle répond : Cette insigne faveur, que notre cœur réclame, Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.
Proposition to George Sand
When I lay deathless homage at your feet, Will you desire my face to change one whit? You have enthralled this heart, which powers above Have formed to love you, and that you may love Me in return, my dear one! Can my pen Lie, writing what my lips dare not say plain? With care, peruse the leading words I send: You shall discover how my woes may end. Her Reply: This signal favour shames and gives offence. Night yields to day: my loving heart consents!

Translation: Copyright © Timothy Adès

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I Said to my Heart

J'ai dit à mon coeur

ALFRED DE MUSSET (1810-57)

J'ai dit à mon coeur
J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse ? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse, C'est perdre en désirs le temps du bonheur ? Il m'a répondu : Ce n'est point assez, Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse ; Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les plaisirs passés ? J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez de tant de tristesse ? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse, C'est à chaque pas trouver la douleur ? Il m'a répondu : Ce n'est point assez, Ce n'est point assez de tant de tristesse ; Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les chagrins passés ?
I Said to my Heart
I said to my heart, my heart so weak, ‘Is it not enough to love one’s mistress, And do you not see, when change is ceaseless, We lose in yearning the bliss we seek ? It is not enough,’ said my heart so weak, It is not enough to love one’s mistress, And do you not see, when change is ceaseless, Past joys are made sweeter and mild and meek ? I said to my heart, my heart so weak, Is it not enough to have so much sadness, And do you not see, when change is ceaseless, Our sorrow is new, every day of the week? It is not enough,’ said my heart so weak, It is not enough to have so much sadness, And do you not see, when change is ceaseless, Past griefs are made sweeter and mild and meek.’
A jazz version, an urgent version, a thoughtful version...

Translation: Copyright © Timothy Adès

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In the Luxembourg Gardens

Une Allée du Luxembourg

Gérard de Nerval (1808-55)

Une Allée du Luxembourg
Elle a passé, la jeune fille Vive et preste comme un oiseau : À la main une fleur qui brille, À la bouche un refrain nouveau. C’est peut-être la seule au monde Dont le cœur au mien répondrait, Qui venant dans ma nuit profonde D’un seul regard l’éclaircirait ! Mais non, – ma jeunesse est finie... Adieu, doux rayon qui m’as lui, – Parfum, jeune fille, harmonie... Le bonheur passait, – il a fui !
In the Luxembourg Gardens
She passed by, she was young, Lithe as bird on the wing, In her hand a bright flower, On her lips a new song. Could her heart, of all hearts, Give my heart a response? Could she lighten my dark With the fire of her glance? But no, my youth is finished... Farewell, sweet ray that shone, Girl, music, perfume, vanished: Happiness, passing, gone ! And here's a translation by Anon: E’ passata la gaia ragazza, svelta e vispa come un fringuello: con in mano una rosa di guazza, ed in bocca un suo fresco stornello. Ella è forse la sola nel mondo che darebbe il suo cuore al mio cuore: e che il buio in cui vivo, profondo, con un bacio farebbe splendore. Ma la mia giovinezza è già via… Ti saluto, miraggio fugace! Oh! Profumo, fanciulla, armonia, non son più che un ricordo mendace.
'Ivann', singer-songwriter: https://www.youtube.com/watch?v=eZTV62LuYow

Translation: Copyright © Timothy Adès

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ONDINE

ONDINE

Aloysius Bertrand (1807-41)

ONDINE
–  » Écoute ! – Écoute ! – C’est moi, c’est Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.  » Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.  » Écoute ! – Écoute ! – Mon père bat l’eau coassante d’une branche d’aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d’écume les fraîches îles d’herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! «  Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l’époux d’une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs. Et comme je lui répondais que j’aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s’évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
ONDINE
“Listen! listen! I am here! Ondine, brushing with raindrops the echoing diamonds of your window-panes, by the dim light of the moon; and here in shot silk is the lady of the house, on her balcony, contemplating the beauty of starlit night and sleeping lake. “Every wave is a water-sprite swimming in the current; every current is a path winding toward my palace; and my palace is liquid, built under the lake, in the triangle of fire, earth, and air. “Listen! listen! My father strikes the clacking water with a green alder bough; my sisters with their arms of foam caress the fresh clumps of reeds, water-lilies, and sword-lilies; or mock the poor old willow that goes fishing with its fronds!” She had murmured her song; she begged me to receive her ring on my finger, to wed an Ondine, and to go with her to her palace to be king of the lakes. And when I replied that I loved a mortal woman, she was slighted, and sullen: she shed tears, burst out laughing, and vanished in droplets that streamed white along my blue window-panes.
Said in the Purcell Room, London, on 3 December 2018.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Song

Chanson

Pierre Corneille (1606-84)

Chanson
Si je perds bien des maîtresses, J’en fais encor plus souvent, Et mes voeux et mes promesses Ne sont que feintes caresses, Et mes voeux et mes promesses Ne sont jamais que du vent. Quand je vois un beau visage, Soudain je me fais de feu, Mais longtemps lui faire hommage, Ce n’est pas bien mon usage, Mais longtemps lui faire hommage, Ce n’est pas bien là mon jeu. J’entre bien en complaisance Tant que dure une heure ou deux, Mais en perdant sa présence Adieu toute souvenance, Mais en perdant sa présence Adieu soudain tous mes feux. Plus inconstant que la lune Je ne veux jamais d’arrêt; La blonde comme la brune En moins de rien m’importune, La blonde comme la brune En moins de rien me déplaît. Si je feins un peu de braise, Alors que l’humeur m’en prend, Qu’on me chasse ou qu’on me baise, Qu’on soit facile ou mauvaise, Qu’on me chasse ou qu’on me baise, Tout m’est fort indifférent. Mon usage est si commode, On le trouve si charmant, Que qui ne suit ma méthode N’est pas bien homme à la mode, Que qui ne suit ma méthode Passe pour un Allemand.
Song
I lose many mistresses, Gain more, to spare. My vows and my promises, Kisses, just ruses: My vows and my promises, Wind, light as air. I see a sweet visage, I’m quickly aflame But drawing out homage Just isn’t my usage, But drawing out homage Just isn’t my game. I’ll join in complaisance For one or two hours, But losing her presence It’s bye-bye remembrance, But losing her presence, Farewell all my fires. I’m a moon of no constance, I don’t stop or stall, Brunettance or blondance I feel no repugnance, Brunettance or blondance, Reluctance, at all. I act a bit steamy When feeling inclined: They shoo me or woo me, Turn dreadful or dreamy, They shoo me or woo me, I simply don’t mind. So neat is my custom They all find it charming. You don't do my system? You’ve no savoir faire, man! You don't do my system? You’d pass for a German.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Sonnet XIV

Sonnet XIV

Louise Labé (1524-66)

Sonnet XIV
Tant que mes yeux pourront larmes épandre A l’heur passé avec toi regretter : Et qu’aux sanglots et soupirs résister Pourra ma voix, et un peu faire entendre : Tant que ma main pourra les cordes tendre Du mignard Luth, pour tes grâces chanter : Tant que l’esprit se voudra contenter De ne vouloir rien fors que toi comprendre : Je ne souhaite encore point mourir. Mais quand mes yeux je sentirai tarir, Ma voix cassée, et ma main impuissante, Et mon esprit en ce mortel séjour Ne pouvant plus montrer signe d’amante : Prierai la mort noircir mon plus clair jour.
Sonnet XIV
As long as I can sit with streaming eyes And want to spend another hour with you; As long as I can stifle sobs and sighs And use my voice to get a message through; As long as I’ve a hand can tune the strings Of my guitar, to sing a song of you; As long as I’ve no heart for other things But only want to get the hang of you: There’s no way I’ll be lying down to die. No, but the day I feel my eyes run dry, My voice crack up, my hand with zero power, My heart, too close to earth, no longer giving Signals that lovers give: then, I’ll quit living… Death, turn my daylight black, that very hour!
Carolyne Cannella video: start time 3' 07".

Translation: Copyright © Timothy Adès

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