Mes deux filles
Victor Hugo (1802-85)
Les deux filles de VICTOR HUGO : deux tragédies : l’une est morte en pleine jeunesse, l’autre en vieillesse, longtemps enfermée dans l’asile. Voici un poème de bonheur, mais dont la date indique que la plus grande douleur est proche. Recueil : Les Contemplations. ‘La Terrasse, près d’Enghien, juin 1842’. Léopoldine vivante 1824-1843, Adèle 1830-1915. Au cinéma, ‘Lhistoire d’Adèle’, belle œuvre de François Truffaut avec Isabelle Adjani.
Mes deux filles
Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,
L'une pareille au cygne et l'autre à la colombe,
Belle, et toutes deux joyeuses, ô douceur !
Voyez, la grande soeur et la petite soeur
Sont assises au seuil du jardin, et sur elles
Un bouquet d'oeillets blancs aux longues tiges frêles,
Dans une urne de marbre agité par le vent,
Se penche, et les regarde, immobile et vivant,
Et frissonne dans l'ombre, et semble, au bord du vase,
Un vol de papillons arrêté dans l'extase.
My Two Daughters
Evening. The sweet cool twilight up above.
One like a swan, the other like a dove,
Both beautiful, both joyful, and so dear!
Big sister, little sister, sitting near
The garden’s edge, where white carnations rear
Towards them on long slender stems, and yearn
As the breeze shakes them in the marble urn:
Living things rooted, watching, tremulous
In shade; they keep their vigil, from the vase.
And crowding at the vase’s rim, these blooms could be
A flight of butterflies, stopped short in ecstasy.
Translation: Copyright © Timothy Adès